L'impression d'un accord adopté à la sauvette. C'est le sentiment qui se dégageait, vendredi 18 décembre, à la fin de la conférence sur le climat à Copenhague. Cet accord, rendu public vers 22 heures, a été jugé comme un "fiasco" et un "naufragerévoltant " par les ONG. Même Barack Obama l'a jugé "insuffisant". Quant à l'UE, elle l'a trouvé "en dessous de nos ambitions". Immédiatement après sa publication, les principaux chefs d'Etat ont quitté la capitale danoise. "Ils ont transformé cette conférence en show, a jugé Yannick Jadot, député européen (Europe Ecologie). Ils n'ont même pas assumé publiquement, en plénière, leur échec."
L'accord, qui tient en cinq pages, a évolué à de nombreuses reprises au cours de la journée. "Mais c'est le pire de la journée qui a été retenu, a estimé Pascal Husting, directeur général de Greenpeace France. On va droit dans le mur. "
L'accord, non contraignant, prévoit de limiter le réchauffement planétaire en-dessous de 2 °C. Un point positif pour Bernard Bigras, député du Parlement canadien pour le bloc québécois. "C'est très important que cette limitation soit inscrite dans le texte. Il faut se rappeler qu'à Potsdam et Bali, ce n'était qu'un élément de bas de page. "
Concernant les réductions de gaz à effet de serre, l'accord ne fixe pas d'objectifs à l'horizon 2050. Ce qu'a regretté le président Sarkozy lors de sa conférence de presse. Quant aux objectifs à 2020, l'accord précise qu'ils ne seront donnés qu'en janvier. " C'est un open-bar, s'énerve Pascal Husting, de Greenpeace. Chaque pays industrialisé met ses objectifs sur la table." En revanche, Abyd Karmali, qui travaille sur le marché carbone de la Bank of America à Londres, relève des aspects positifs : "Ce texte est intéressant car il inclut des engagements de réduction de gaz à effet de serre volontaires pour onze pays en voie de développement dont le Brésil, l'Inde et la Chine. "
Cent milliards de dollars (69,7 milliards d'euros) par an ont enfin été promis aux pays en développement à compter de 2020. Une somme que Narayan Bhakta Shrrestha, de la délégation népalaise, juge décevante. "Nous attendions plus. Cette somme n'est pas à la hauteur à des enjeux du réchauffement climatique que des pays, comme le Népal, doivent affronter. Nous espérions également un mécanisme économique plus clair pour permettre aux pays en voie de développement d'avoir accès aux technologies pour lutter contre le changement climatique."
Peu sont confiants sur le fait de parvenir en 2010 à transformer cet accord en traité légalement contraignant. Même Obama a admis que ce serait "très difficile" à conclure et prendrait du temps. "Nous nous attendions à plus : à un accord contraignant avec des engagements chiffrés pour les pays développés. Nous sommes déçus", ajoute Narayan Bhakta Shrrestha. "On ne voit pas comment cet accord, qui ne va pas plus loin qu'une brochure de pub, sera traduit en un traité, juge de son côté Pascal Husting. C'est une régression par rapport à Kyoto. " "Nous n'avions pas d'autres choix que d'accepter cet accord. Même si ce n'est pas de gaîté de coeur, nous ne pouvons pas nous permettre de perdre une occasion ", expliquait juste après l'annonce de l'accord, Narayan Bhakta Shrrestha, de la délégation népalaise. Une opinion que ne partage pas le délégué soudanais Lumumba Stanislas Dia-Ping, représentant des pays du G77. "C'est l'accord avec l'ambition la plus basse que l'on pouvait imaginer, a-t-il déclaré en salle de presse. Pour l'instant, l'accord est une simple idée. Si un seul pays refuse ce texte, il n'y aura pas d'accord. La partie n'est pas finie... Nous pensons qu'il est encore possible de corriger tout ça par la négociation dans les 6 ou 12 mois à venir. " Les paris sont lancés. Raphaëlle Besse Desmoulières, le monde du 19/12/2009
Ce que contient le texte de Copenhague
Voici les principaux points du texte discuté à Copenhague. Cette déclaration politique a été le fruit de négociations à 26 mais menées essentiellement par les Etats-Unis, l'Inde, la Chine, le Brésil et l'Afrique du Sud. Elle ne comprend pas d'objectifs contraignants de réduction des émissions de gaz à effet de serre, renvoyés à 2010, et ne prévoit pas la création d'une instance internationale pour vérifier la mise en oeuvre des engagements de chaque pays.
Une hausse des températures globales limitée à 2 °C
Dans le document politique négocié, les dirigeants prévoient de limiter le réchauffement planétaire à 2 °C d'ici à 2050 par rapport aux niveaux pré-industriels, l'objectif affiché de la conférence sur le climat. C'est moins ambitieux que ce que réclament les petits Etats insulaires, représentés par Grenade et les Maldives, qui militaient avec les pays les moins avancés pour une hausse maximale de 1,5 °C par rapport aux niveaux pré-industriels.
Pas d'objectifs de réduction des émissions de CO2
L'accord ne fixe pas d'objectifs chiffrés de réduction d'émissions de gaz à effet de serre à l'horizon 2050. Pour les pays industrialisés, les objectifs de réduction d'émissions de CO2 d'ici à 2020 ne seront fixés qu'en janvier, après que chacun des pays industrialisés "aura donné par écrit" ses propres engagements, selon le président français, qui a précisé que l'Union européenne maintiendrait son objectif de réduire ses émissions de 80 % d'ici 2050. Cependant, l'UE ne reverra pas à la hausse son objectif de réduction à l'échéance 2020, qui sera de 20 % et non de 30 % comme l'espéraient certains négociateurs.
Selon un calcul des Nations unies, l'addition des promesses faites à ce jour publiquement par les différents pays conduirait à une hausse de la température moyenne de la planète de 3 °C, bien au-delà de l'objectif souhaité des 2 °C. Une proposition annexée à l'accord appelle la communauté internationale à conclure un traité contraignant d'ici la fin de l'année prochaine.
Aide à l'adaptation des pays en développement
Les chefs d'Etat ont accepté de consacrer 100 milliards de dollars par an d'aide aux pays en développement à compter de 2020 et d'examiner pour ce faire des financements innovants. les Etats-Unis se sont engagés à verser 3,6 milliards de dollars d'aide aux pays les plus vulnérables d'ici 2012 pour les aider à s'adapter aux impacts du changement climatique. "L'engagement collectif des pays industrialisés est d'apporter des ressources nouvelles et supplémentaires [à l'aide au développement]" d'un montant total de 30 milliards de dollars, précise le texte. L'Union européenne avait déjà promis de verser 10,6 milliards de dollars sur les années 2010, 2011 et 2012 et le Japon a annoncé à Copenhague 11 milliards de dollars sur les trois ans.
Il n'y aura pas d'Organisation mondiale de l'environnement
L'accord ne prévoit pas la création d'une Organisation mondiale de l'environnement qui aurait pu vérifier la mise en œuvre des engagements de chacun, les contraignant légalement. Pour Nicolas Sarkozy, le volet juridique, absent de cette déclaration politique, sera à nouveau débattu lors de négociations à Bonn que la chancelière allemande Angela Merkel organisera "dans six mois" pour préparer la prochaine conférence sur le climat de Mexico, fin 2010.
Point de friction majeur, en raison notamment du rejet chinois de toute intervention extérieure, la partie du texte sur la vérification internationale du respect des engagements pris est la plus longue du projet d'accord. Elle précise que les économies émergentes doivent faire le bilan de leurs efforts et en rapporter aux Nations unies tous les deux ans. Des contrôles internationaux sont prévus pour répondre aux exigences occidentales de transparence mais le texte garantit le "respect de la souveraineté nationale". Une manière d'écarter tout contrôel contraignant.
Protection des forêts
Le texte "reconnaît l'importance de réduire les émissions dues à la déforestation et à la dégradation des forêts, et la nécessité d'améliorer l'élimination de gaz à effet de serre par les forêts". Il prévoit des mesures "incitatives" pour financer la protection des forêts avec des fonds des pays développés.
MIEUX QUE RIEN
La chancelière allemande Angela Merkel a déclaré qu'elle signerait le texte de compromis arraché vendredi 18 décembre à la conférence de Copenhague sur le climat malgré les sentiments mitigés que lui inspire cet accord. "La décision est très difficile pour moi. Nous faisons un pas, nous en espérons beaucoup d'autres". L'accord conclu entre les pays développés et émergents n'est pas assez ambitieux pour que l'Union européenne réhausse ses objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre à 30% d'ici 2020 par rapport aux niveaux de 1990, a-t-elle ajouté. L'UE en restera donc pour l'heure à 20 %.
Pour le premier ministre britannique Gordon Brown, ce texte constitue un premier pas qui doit être rapidement suivi des efforts nécessaires pour conclure un traité contraignant. "Je suis venu ici à Copenhague en souhaitant l'accord le plus ambitieux possible. C'est un début. Je crois qu'il nous faut maintenant continuer pour assurer rapidement une issue juridiquement contraignante".
MIEUX QUE RIEN "Un accord vaut mieux qu'une absence d'accord", a fait valoir la Commission européenne. "Ce qui a pu être obtenu aujourd'hui n'est pas à la hauteur de nos attentes, et de loin. Mais il maintient en vie nos objectifs et nos ambitions. Il prend en compte les besoins des pays en développement. C'était le seul accord possible à Copenhague", a ajoute une porte-parole de l'exécutif européen.
Le négociateur chinoisXie Zhenhua a estimé lui que la conférence organisée par la Convention-cadre de l'ONU sur le changement climatique, qui s'était ouverte le 7 décembre, avait débouché sur un résultat positif et que tout le monde devrait être heureux.
Bien plus sévères, les Verts considèrent que la conférence de Copenhague s'achève sur un "lamentable fiasco". "Le résultat est aussi désespérant que les enjeux étaient d'importance. La Chine et Obama sont les coupables numéro un, mais l'Europe a péché par sa désunion et son absence de leadership", estime Djamila Sonzogni, porte-parole des Verts. "Nous avons eu la preuve éclatante durant ces jours passés que nombre de nos responsables sont en fait irresponsables". Les Verts et les écologistes "feront pression pour que lors du sommet de Bonn, prévu l'année prochaine, un accord contraignant soit enfin trouvé", prévient-elle. "LA BARRE ÉTAIT PEUT-ÊTRE PLACÉE UN PEU HAUT"
Les observateurs du sommet se sont montrés déçus. "Cela semble très vague. Il n'y a pas d'étape suivante, ni rien qui indique comment parvenir à un accord final", a déploré John Lanchbery, de l'ONG Birdlife International. "Ni équitable, ni ambitieux ni juridiquement contraignant, a fustifé Pascal Husting, de l'ONG Greenpeace. Si les Nations unies adoptent le texte présenté ce soir, les chefs d'État et de gouvernement réunis à Copenhague n'auront pas rempli leur mission."
De son côté, John Ashe, président des négociations onusiennes sur l'application du protocole de Kyoto, a souligné que les objectifs du sommet n'étaient pas atteints. "Vu le point de départ et les attentes qui pesaient sur la conférence, toute autre issue qu'un accord légalement contraignant n'atteint pas l'objectif", a-t-il estimé. "D'un autre côté, étant plutôt réaliste, je me rends bien compte que la barre était peut-être placée un peu haut, et le fait qu'il y ait à présent un accord (...) nous donne peut-être un point d'appui."